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Fabienne Withofs au Fil rouge de la QSP invente « des mondes différents »

lundi 12.12.2011, 05:20- La Voix du Nord

 Fabienne Whitofs a convié Dominique Reip à présenter un «soleil végétal» en céramiqueFabienne Whitofs a convié Dominique Reip à présenter un «soleil végétal» en céramique

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La galerie Le Fil Rouge de la QSP devient une adresse courue des amateurs éclairés de céramique. Jusqu’au musée La Piscine qui y fait son marché ! Car les invités du Fil Rouge figurent déjà au Gotha de la création contemporaine. Ou ne tarderont pas à y figurer. Fabienne Withofs, artiste belge invitée jusqu’au 14 janvier, créatrice inspirée et engagée en témoigne !

 

PAR BRIGITTE LEMERY

blemery@lavoixdunord.fr PHOTOS « LA VOIX »

Avec ses nouvelles cimaises et podiums, la QSP la joue chaleureuse. L’espace est plus habité, les oeuvres mieux mises en valeur. Celles de Fabienne Withofs, à la fois graves et légères, puissantes et délicates y sont à leur aise. Formée aux Beaux-Arts de Liège, professeur à l’académie de Huy, Fabienne Withofs y dévoile maîtrise graphique et liberté créative. Pas de Diktats de mode chez cette céramiste libre, engagée qui ne s’interdit rien et se lance des défis. Comme investir un hangar d’Arcelor-Mittal en Belgique. Pour un projet insolite à l’issue d’un an d’âpres négociations, avec un four bâti dans un hangar sidérurgique en activité. Les visiteurs de la QSP découvrent ce projet singulier, émouvant à la cave, métamorphosée pour l’occasion en crypte. Au bas des marches, stupéfait, on découvre un alignement de croix en terre réfractaire, travaillées à l’engobe ou l’auxite. Ce sont aussi des silhouettes anonymes.

Un choc formel et visuel. Sur écran, un film de 15 mn « Quand le feu s’éteindra » de Jonas Luyckx, inspire aussi des sensations fortes. On ressent physiquement le bruit, les odeurs de ce four en fusion, tout en appréhendant les étapes du travail et la démarche de l’artiste. « Chaque pièce est travaillée pour elle-même, explique-t-elle. La croix évoque la fin du feu chez Arcelor-Mittal, alors en sursis, avant sa disparition. C’est de nouveau hélas d’actualité, la sidérurgie se meurt ! » On revient à la surface, secoué par ce travail crépusculaire, et là, le choc est autre, à l’image de l’oeuvre développée cette fois par Fabienne Whitofs, d’une extrême finesse. Inspirée de séjours en Asie. Fragiles, élégantes, joyeusement colorées, ses porcelaines à la décalcomanie « représententdes pavillons et des cabanes. ». Le plaisir, ici graphique, est décliné sur papier, des bols ou des séries de petits pavés, très beaux. « C’est un travail plus positif, plus léger, avoue-t-elle, parce qu’on n’est pas toujours dans l’angoisse ! » Dans le même esprit, elle montre sa suspension conçue « comme un livre, des anecdotes », résumé aussi de matériaux fétiches, grès, porcelaine, papier, métal, bois… accrochés dans l’espace, comme les jalons d’une vie.

Dans la verrière, ses bols illustrent le même travail sensible, redoutablement équilibré: « Dans un bol, dit-elle, il y a graphisme et rigueur technique. C’est une pièce unique plus facile à s’approprier. » Mais uniques, ses ices bols portent en eux « des mondes différents ». La céramique est voyage au long cours, « besoin d’expression vital ». Et travailler avec le feu, la terre, « plaisir à la fois sensuel et cérébral », intimement lié au cheminement de sa pensée. Désormais elle aborde une nouvelle étape, le travail de grands volumes « toujours racontés et sans se braquer sur la céramique, car si j’ai envie d’utiliser du métal, du tissu, je ne me l’interdis pas ! » •

Exposition à la QSP, 112 avenue Jean-Lebas à Roubaix jusqu’au 14 janvier du jeudi au samedi et 1er dimanche du mois de 14 h 30 à 18 h 30.